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Au cœur du miroir - Nouvelle inédite


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15 janvier 2020

Olivia poussa la porte du restaurant avec fébrilité : elle n’avait pas réellement envie de retrouver ses amis et se sentait pourtant obligée de faire bonne figure. Cette soirée, elle était organisée en son honneur.

Elle plaqua donc un sourire sur ses lèvres et salua gaiement les sept personnes qui se levaient à son approche. Sa meilleure amie, Céline, l’apostropha gaiement :

- La reine arrive, la fête peut commencer !

Olivia embrassa ses amis, quand bien même elle déplorait les heures qui allaient suivre : malgré tout elle aimait sincèrement les personnes qui lui faisaient face. Elle avait simplement beaucoup de mal à se réjouir d’une chose qui lui avait enlevé une partie d’elle-même.

Elle évita soigneusement tout contact physique trop rapproché et serra vaguement ses amis contre elle.

Enfin assise à table, elle posa son manteau sur la chaise du restaurant tandis que Céline reprenait joyeusement :

- On a déjà commandé le champagne ! Ta flûte t’attend. On trinque ?

Olivia serra les mâchoires, prit le verre entre ses doigts et força sa voix :

- Bien sûr.

Tous en chœur, ils reprirent :

- A ta guérison !

Emilie, une amie assise à côté d’elle, ajouta avec tendresse :

- Nous sommes si heureux de t’avoir parmi nous ce soir et de fêter ça avec toi.

Olivia se trouva obligée de répondre :

- Oui, c’est un véritable soulagement.

Intérieurement elle se fit la remarque que cela ne signifiait qu’une rémission, mais ne voulant pas contrarier la belle atmosphère qui régnait, elle marqua volontairement une profonde bonne humeur toute la soirée.

Une bonne humeur qui ne lui avait jamais autant coûté.

Une rémission de cancer ça se fêtait pourtant… non ?



A la fin de la soirée, Céline raccompagna Olivia chez elle en voiture. Contrairement au joyeux brouhaha du restaurant, un silence presque pesant s’installa entre les deux jeunes femmes dès leur départ. Usée par tous ses efforts, Olivia n’avait plus la force d’en faire, et elle plongea son regard sur les devantures des magasins qui passaient rapidement sous son regard.

Elle sursauta presque quand Céline inspira brusquement et lança enfin :

- Tu comptes faire semblant longtemps ?

Olivia haussa les épaules :

- Je ne comprends pas ce que tu veux dire.

- Ne me mens pas. Pas à moi. Je vois bien que ça ne va pas. Tu as peur que le cancer revienne ?

Céline avait toujours été directe, et si Olivia avait toujours aimé cette façon de ne pas perdre de temps en fioritures, elle le vivait moins bien ce soir-là. Elle souffla :

- Ça ou autre chose…

- Explique-moi.

- Ce n’est rien.

Olivia sursauta quand Céline se gara soudain sur le bas-côté, alluma ses warnings, se moquant des coups de klaxon rageurs des véhicules derrière elle :

- Tu sais que la reconstruction va avoir lieu.

- Hum.

- Ce sera presque comme avant. Personne n’y fera vraiment attention. Tu trouveras un homme tu sais. Ce n’est pas un problème.

- Si tu le dis…

- Beaucoup de femmes vivent avec un sein en moins.

A ces mots Olivia ne retint plus ses larmes et Céline chercha à l’attirer contre elle. Olivia se recula contre la portière et son amie murmura :

- Je suis tellement triste pour toi, Liv. Je n’imagine pas ce que tu ressens, mais j’essaie juste de te consoler… Pardonne-moi de ne pas être une meilleure amie.

Les larmes d’Olivia reprirent de plus belle à ses mots, et elle hoqueta :

- Mais non… tu es la meilleure… de toutes. C’est juste que je me… sens si…

- Si quoi ?

- Je ne sais pas comment dire…

- Essaie.

- Incomplète ! C’est comme si on m’avait retiré toute envie de me sentir à nouveau femme un jour ! Si tu voyais cette horrible cicatrice ! Je suis horrible !

- La reconstruction est déjà programmée, non ?

- Oui, dans un mois. Mais en attendant… Ça ne change rien. Je ne supporte plus mon image ! Je sais que c’est superficiel ! Je sais que tu vas me juger !

Céline soupira, retira les warnings et reprit sa route. Elle attendit que les larmes d’Olivia se soient taries pour répondre enfin :

- C’est faux. Je ne te juge pas. Tu souffres et c’est tout à fait compréhensible. Et quand bien même : je n’ai pas à juger de ta souffrance ou même de quoi que ce soit dans ta vie. Même pas du courage dont tu as fait preuve jusqu’à aujourd’hui. Ecoute, accepterais-tu de me faire un petit plaisir ?

Surprise, Olivia s’étonna :

- Je ne vois pas trop ce que je pourrais faire pour toi.

- Un truc qui peut sembler bête, même si je sais que pour toi ça va être difficile : au début. Tous les matins, tu vas te déshabiller devant ta glace. Je veux que tu regardes ton corps, et que tu répètes trois fois, à haute voix, « je suis belle et je m’aime ».

Olivia ne put s’empêcher de ricaner amèrement :

- C’est impossible, ça.

- Je ne te demande pas de croire en tes mots, je te demande de le faire. Tous les matins, pendant un mois. Jusqu’à la reconstruction. « Je suis belle et je m’aime ». Tu peux essayer ?

Olivia se promit de ne jamais faire ça, elle qui ne supportait même pas de se voir habillée, mais fit semblant d’accepter cette curieuse demande :

- Si tu veux. Mais que veux-tu que ça change ?

- Tout. Ça changera tout. Tu verras. Ce n’est pas ton enveloppe extérieure qui ne va pas, ma chérie. Je t’ai toujours vu te dénigrer, ne rien voir de ta véritable beauté. Ne rien te pardonner, passer ton temps à te juger. Moi, je voudrais juste que tu découvres la personne merveilleuse que tu es et qui rejaillit sur tout ton être. La terrible perception que tu as de toi-même n'est pas uniquement liée à ton cancer. Et si tu fais ce que je te dis, dans un mois, tu verras : tu auras enfin retrouvé une chose essentielle.

- Qui est ?

- L’amour de toi-même.

Ces mots résonnèrent en Olivia et soudain elle ne fut plus si sure de ne pas accepter la demande de son amie, admettant en elle-même qu’elle pouvait au moins essayer…


16 janvier 2020



Olivia grimaça en passant devant son miroir : allait-elle essayer ce que Céline lui avait demandé ? Se jugeant lâche de ne pas réussir à passer deux minutes devant sa glace pour faire plaisir à une amie, elle fit une chose étrange : elle se dévêtit, et se plaça face au miroir... en fermant les yeux. Elle répéta :

« Je suis belle et je m’aime, je suis belle et je m’aime, je suis belle et je m’aime »

Puis elle se retourna et rouvrit les yeux… c’était presque ce qu’on lui avait demandé, non ?

La première semaine, Olivia refit l’expérience demandée, dans ces conditions : sans se regarder. Un sentiment de frustration commençait pourtant à naître en elle, et au matin du 24 janvier 2020…. Elle ouvrit un tout petit peu les paupières, jetant un regard à son corps et déclamant très vite :

« Je suis belle et je m’aime, je suis belle et je m’aime, je suis belle et je m’aime ! »

Cette vision lui ayant suffi, elle constata douloureusement que les mots n’allaient bien sûr pas avec l’image renvoyée.

La journée fut triste.

Le lendemain pourtant, elle se sentait un peu plus combative et elle fronça les sourcils, ouvrit grand les paupières, et s’approcha presque nez-à nez avec son reflet. Elle focalisa son regard sur ses yeux, occultant le reste :

« Je suis belle et je m'aime, je suis belle et je m'aime, je suis belle et je m'aime ! »

Tiens, elle n’avait jamais vu ses yeux ainsi : une jolie lumière au fond de ses iris bruns, c’était joli...

Elle passa ainsi les deux semaines suivantes, arrivant à détailler tout son visage, son cou… Il lui arrivait de se sourire et cela l’étonnait elle-même. Mais ce sourire lui faisait du bien…

Ne cherchant pas à comprendre, elle arriva le martin du 06 févier 2020 devant sa glace, recula de deux pas, et courageusement, redressa le dos.

Elle se vit dans son ensemble et son ventre se serra douloureusement à la vue de l’absence de son sein droit. Elle cria presque :

« Je suis belle et je m’aime ! Je suis belle et je m’aime ! Je suis belle et je m’aime ! »

Ragaillardie, elle sourit à son reflet et constata toute la belle lumière qui irradiait de ses traits : oui : elle semblait s’aimer.

Tant qu’elle ne regardait pas trop sa poitrine.

Olivia arrivait au bout de l’expérience… 14 février 2020.

Le jour de la Saint valentin.

La dernière semaine avait été en s’accélérant et avec toujours plus de plaisir à se regarder.

Aujourd’hui… elle décida de focaliser son regard sur la partie manquante d’elle-même. Elle déclama ses jolies phrases, les larmes aux yeux. Des phrases qu’elle avait appris à rendre douces et porteuses d’espoir :

« Je suis belle et je m’aime ! Je suis belle et je m’aime ! Je suis belle et je m’aime ! »

Elle toucha ensuite avec délicatesse sa cicatrice et sentit les larmes lui monter aux yeux. Sans s’en rendre compte elle continua à haute voix :

"Merci, merci, merci... mon corps adoré, de m’avoir rendu la santé. Merci à la technologie de me permettre de continuer à vivre… merci à mon cœur de m’avoir permis de voir que cette cicatrice est surtout la preuve que je suis courageuse, que l'apparence n'est pas la seule chose qui fait de moi une femme. Un être humain... avec ses faiblesses, ses fragilités, mais ses forces aussi.

Je suis toujours là. Je mérite d’être heureuse. Je suis là, mon cœur bat, j'aime, je vis, je vibre de joie et d’amour…


Et un incroyable merci à mon inestimable amie, en ce jour de St Valentin, de m’avoir fait le plus beau des cadeaux : un amour inestimable pour tout mon être, que je vais m’appliquer à offrir au monde entier…


Aujourd’hui est le premier jour où j’accepte qui je suis, et où j’accepte de m’aimer, corps, cœur et âme."


Inconditionnellement.






N'hésitez pas à partager vos ressentis dans les commentaires ;)


Dans la prochaine newsletter je vous confierai les différentes inspirations de cette histoire qui m'ont été soufflées à l'oreille ces derniers jours dans une synchronicité parfaite...

Mais ça... C'est une autre histoire.


A très vite,


Sandrine COLAS

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