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Résultat du concours de nouvelle !

Seul impératif de ce concours un peu particulier : rester dans l'esprit de la collection...

Voici le texte qui a gagné en ce 16 mai 2018.

Félicitations à la gagnante !

Sandrine Colas

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Avant propos écrit par l'auteure : Mary snom

Avant toute chose, j’écris cette nouvelle pour ma fille Sophie.

Mon amour, je veux que tu saches que je ne me remettrai jamais de ton absence.

Toi qui aimais tant les livres, qui aimais tant mon écriture, je te dédie ce texte.

Pour que chacun sache, le néant de mes tripes depuis ce 18 janvier 2018.

Parce que c’est toi...




Damien monta les marches de l’escalier quatre à quatre et entra en trombe dans le bureau où Claire travaillait sur l’ébauche de son futur ouvrage.

- Ma douce, tu ne vas pas me croire… Dit-il à la fois essoufflé et excité.

- Quoi ? Qui y a t’il chéri ? Tu me fais peur.

- Le Goncourt… Tu as été sélectionnée pour remporter le prix Goncourt !

Claire resta interdite alors que Damien lui sautait dessus pour l’enlacer. Elle n’arrivait pas à croire une telle nouvelle, même si elle était consciente que son dernier livre avait remporté un franc succès auprès de ses lecteurs : elle n’avait pas du tout conscience du nombre d’exemplaires vendu. Préférant les séances de dédicaces et ce lien privilégié avec son public aux chiffres assommant qu’impliquaient l’édition d’un livre.

- Imagine-toi, continua Damien, si tu remportes le prix non seulement tu gagnes en popularité mais en plus on s’ouvre à l’international ! Je suis tellement fier de toi !

- C’est à peine croyable ! Balbutia Claire.

- Crois-le, ma douce, et il est impossible que tu ne gagnes pas ce prix, tu es trop douée pour le laisser s’échapper.

- Ne vends pas la peau de l’ours, je ne suis pas meilleure qu’un autre écrivain…

- Je t’interdis de dire ça…. Allez, j’appelle les enfants, réunion de famille, on va fêter ça au restaurant !

Damien se retourna aussitôt ces paroles prononcées, portable à la main, composant les numéros des enfants pour leur donner rendez-vous au restaurant.


Claire s’assit sur sa chaise, l’air pensive. Il était vrai que ce prix lui garantirait un nom tel ceux des grands auteurs, à l’image d’André Malraux, Marguerite Duras ou plus récemment Michel Houellebecq. Mais elle n’en était pas là : avant l’annonce du Lauréat, il y avait encore deux pré-sélections et pour l’heure, il était opportun de fêter l’événement qui, en soit, était déjà une reconnaissance de son travail. Sur ces pensées, elle alla se préparer.



Claire et Damien entrèrent avec les jumeaux dans le restaurant où ils avaient leurs habitudes : le patron était quelqu’un de très sympathique et ils avaient toujours été bien reçus. Leurs aînés attendaient tous autour de la table ronde au coin de la cheminée, et ils les rejoignirent avec hâte pour les embrasser.

- Ben, mon chéri, comment vas-tu ?

- Bien maman, et toi ?

- Très bien, mon fils. Assieds-toi… Lizzie, mon cœur, tu vas bien ?

- Ça va, maman. Répondit la jeune femme.

- Merci de vous être libérés à la dernière minute, s’exprima Damien, dommage que Mélodie n’ait pas pu venir.

Claire hocha la tête d’approbation.

- Pourquoi tu nous as fait venir papa ? Tu es resté bien mystérieux au téléphone... Demanda Ben.

- Nous avons une nouvelle à vous annoncer !

- Maman est enceinte ! l’interrompit Lizzie sur le ton de l’amusement mêlé à une certaine anxiété.

- Mon Dieu ma chérie, où vas-tu chercher cette idée ? J’ai quarante-six ans ! Merci j’ai assez donné. Répondit Claire estomaquée par l’aplomb de sa fille.

- Non, reprit Damien, votre mère n’est pas enceinte… Ah, voilà l’apéritif… On va pouvoir trinquer à cette nouvelle.


Chacun prit le verre de champagne qui se présentait à eux, les jumeaux leurs jus de fruits, et Damien se leva solennellement.

- Voilà, la nouvelle est tombée il y a quelques heures : votre mère à été présélectionnée pour le prix Goncourt !

- Oh maman, c’est super ! Dit Ben en serrant sa mère dans ses bras.

- Merci chéri, mais ne te réjouis pas trop vite, ce n’est qu’une étape et je n’irai peut-être pas plus loin que ça.

- C’est impossible maman, tes livres se vendent comme des petits pains, tes lecteurs t’adorent.

Damien ne s’étonna pas du désintérêt des jumeaux : à cinq ans ils étaient plus captivés par leurs jouets que par la carrière de leur mère, mais il remarqua instantanément l’effacement de Lizzie devant cette belle nouvelle.

- Liz, mon ange, tu n’es pas contente pour ta mère ?

- Si, bien sûr… Félicitations maman. Répondit froidement la jeune femme.

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- Rien papa.

- Si, il y a quelque chose… Dis-nous, mon ange.

L’attention que tout le monde portait soudain à la jeune femme sembla soudain la faire sortir de la réserve qu’elle manifestait jusqu’alors :

- Pourquoi devrais-je vous dire ce que j’ai sur le cœur ? Cela va t’il changer quelque chose ? Vous vous sentirez mieux après ? Non… Laissez-moi tranquille !

- Liz !

- Fiche-moi la paix, papa !


La jeune femme sortit de table en courant. Damien allait pour la rattraper lorsque la main de son épouse l’en empêcha.

- Laisse-la, mon cœur, ce n’est pas grave… dit Claire résignée.

Le reste de la soirée se passa dans une humeur étrange, chacun essayant d’effacer le trouble de leurs esprits sans pour autant y arriver. Claire se réjouit néanmoins de revoir son fils aîné car les occasions se faisaient plus rares depuis le nouveau travail de Ben.


De retour à la maison, Claire était encore sous le coup de l’émotion face à la réaction de sa fille. Elle ne la reconnaissait pas, depuis des années Lizzie était enfermée dans son mal-être… et elle était désarmée face à la détresse de sa fille. Plusieurs fois, elle avait tenté le dialogue, des moments consacrés à elles deux propice à la confidence… En vain. Elle aurait pourtant presque dû se réjouir de la réaction de sa fille : au moins s’était-elle permis de laisser s’exprimer une part de sa détresse. C'était un progrès...

- Ma douce, rassure toi, ça va aller mieux. Dit Damien venu en silence derrière elle pour l’enlacer tendrement.

- Oh mon cœur, si seulement j’en étais certaine…


Elle laissa s’échapper une larme.




06 novembre 2024 :


On y était, ce soir Claire allait savoir si tous ses efforts avaient été récompensés. Son dernier roman faisait partie des quinze ouvrages sélectionnés pour ce prix prestigieux et elle peinait à contenir son impatience.

Une grande soirée de gala était organisée pour l’occasion et Claire avait eu un mal fou à choisir sa tenue. Là, dans sa robe fuseau rose poudré elle était pourtant sublime, les yeux de Damien le lui avaient dit. Ensemble, ils arrivèrent à leur table où les attendait déjà leurs enfants au grand complet cette fois-ci. Damien et Claire les embrassèrent un à un, et lorsque Lizzie tendit la joue à sa mère, Claire put remarquer l’expression gênée de sa fille, telle une enfant ayant fait une grosse bêtise. Elle lui offrit son plus beau sourire d’amour maternel et s’assit.

- Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, L’heure est venue de récompenser l’écrivain de l’année. Permettez-moi pour cela de céder la parole à Monsieur Bernard PIVOT, Président de l’Académie Goncourt.

À l’arrivée de l’homme, tout le monde se leva et applaudit. Il invita l’assemblée à se rasseoir et commença son discours.

- Mesdames, Messieurs, merci de nous faire l’honneur de votre présence ce soir. Cette année, nous avons eu la chance et le privilège de faire la connaissance de beaucoup d’auteurs, entrer dans leur univers où les mots, les émotions qu’ils nous transmettent sont une leçon de vie pour chacun d’entre nous. Cela fait plusieurs années que j’ai l’opportunité de récompenser des auteurs doués par l’exercice des mots qui honorent notre belle langue française. Ce soir, je tiens à mettre en lumière une personne qui nous a tous touchés en plein cœur par la beauté de son combat. Autant il existe des chanteurs torturés, je peux dire aujourd’hui qu’il y a aussi des écrivains écorchés par la vie et qui se battent pour exister…. Permettez-moi de remettre le prix Goncourt 2024 à ...


Bernard Pivot marqua un temps d’arrêt qui retint le souffle de tout le monde. Claire et Damien se donnèrent la main, leurs cœurs battaient à tout rompre, c’était LE moment.

- Mademoiselle Sophie Cheaulley pour son livre « Parce que c’est toi » !

La foule se mit à applaudir et les regards cherchèrent la lauréate dans l’assistance. Claire, la déception passée, fit la même chose. Les minutes passaient mais personne ne se levait… Monsieur Pivot reprit la parole, visiblement surpris :

- Mademoiselle Sophie Cheaulley est-elle présente ce soir ?

C’est seulement à ce moment-là que Lizzie se leva, avisant l’air médusé de sa famille.

- Lizzie ?? Interrogea Claire interdite.

La jeune femme ne répondit pas et alla rejoindre l’estrade où son prix l’attendait.

- Merci, Monsieur Pivot, dit la jeune femme. Mesdames et messieurs, c’est une joie immense de remporter ce prix. L’écriture de ce livre a été une épreuve pour moi, parce que je voulais mettre à l’honneur une personne qui mérite que l’on se batte pour elle, parce qu’elle fait partie de moi, pour toujours et à jamais. Pour que sa lumière apaise les cœurs qui souffrent, pour ceux qui vivent dans la douleur de l’absence, pour ceux qui doivent soulager la peine et sécher les larmes. Permettez-moi de m’adresser à ma famille pour conclure. Mon père, merci pour ce cadeau de la vie, tu es mon pilier. Maman, je te demande pardon de ne pas savoir mieux te parler et d’avoir choisi la seule manière que tu connais bien pour y arriver : l’écriture. Et… mon ange, s’exclama alors Lizzie en regardant vers le ciel, on a réussi... Tu as réussi… Je t’aime plus que tout.


Claire se leva. Ses larmes coulaient depuis le moment où elle avait compris que sa fille avait remporté le prix Goncourt. Lizzie écrivait, elle avait été publié et elle n’en savait rien... Ce soir elle avait fait honneur à son nom en remportant ce prix prestigieux et avec tout cela, Claire assistait au plus beau des hommages. L’émotion était trop forte et elle serra désespérément sa fille dans ses bras dès que celle-ci fut redescendue de la scène.

Dès ce soir-là, Claire retrouva plus de complicité avec sa fille, et Lizzie un peu plus de paix. Même si le chemin serait encore long... une lumière s’était allumée dans son cœur.


Et c’est ainsi que Lizzie commença à faire la connaissance d’Elisabeth...


Mary Snom

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