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Premier épisode d'INSOMNIE - Nouvelle inédite...


Cette nouvelle est une fiction. Toute ressemblance avec des personnes ayant existé ou existant actuellement serait purement fortuite.

Texte intégral

2016

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Pour toutes mes lectrices, qui « vivent » Christophe et Damien.

Premier épisode.

Janvier 1998

(15 jours avant...)

- Non !

Damien se redressa d’un bond dans son lit, et chercha à refréner la terreur qui le poursuivait toujours.

Ceinture… Il fronça les sourcils dans le noir, et se pencha pour allumer sa lampe de chevet, cherchant à chasser les derniers relents de son cauchemar.

… douleur…

Il se força à respirer profondément : il refusait de repenser à ces visions d’un passé qu’il rejetait sans cesse.

… terreur.

Il sursauta en sentant une main se poser sur son épaule, et se tourna avec surprise vers la ravissante jeune femme blonde qui partageait son lit, et qui le dévisageait de ses grands yeux bleus, une expression inquiète peinte sur ses traits délicats :

- Ça va, Damien ?

Il lui jeta un coup d’œil énervé, cherchant dans sa mémoire qui était cette fille. Voyons, la veille au soir qu’avait-il fait ? Boîte de nuit… drague... Ah oui ! Il y était ! Il l’avait ramenée chez lui. Très bon coup au lit d’ailleurs. Mais merde, comment elle s’appelait ?

Au moment où il allait admettre son oubli, le prénom fusa dans sa tête :

- Cindy !

Elle fronça les sourcils :

- Oui ? Tu vas bien ?

Il s’agaça soudain de la voir encore chez lui, et encore plus qu’elle ait assisté à son bref moment de faiblesse. Il repoussa sa main :

- Très bien. Mais qu’est-ce que tu fais encore là ?

Elle tressaillit, et se recula, visiblement blessée :

- On s’est endormis après… tu sais…

Devant sa gêne, il ne put s’empêcher de ricaner : il se l’était faite en deux heures tout compris : rencontre, drague, trajet jusque chez lui. Elle ne jouait pas les timides cette nuit. Il compléta crûment :

- Après que je t’ai sautée, oui. Ça ne m’explique pas pourquoi tu t’attardes. Tu veux peut-être que je t’aide à trouver la sortie ?

Visiblement choquée, la jeune femme s’empourpra et le gifla à toute volée. Stoïque, il posa la main sur sa joue : elle avait un bon revers. Elle se précipita hors du lit, et tout en se rhabillant furieusement, hurla :

- Tu es vraiment un sale connard, Damien Verdière !

Il haussa un sourcil : tiens elle se souvenait de son nom ? Il ne se rappelait pas le lui avoir donné. Devant son immobilité, la jeune femme lui cracha dessus et sortit en claquant la porte.

Il attendit d’être sûr qu‘elle soit ressortie de son appartement pour essuyer calmement la salive sur sa joue. Il se laissa ensuite aller contre son oreiller, et éteignit la lumière. Juste avant de refermer les yeux, il se fit la remarque que « connard », était un qualificatif qui lui plaisait bien.






Christophe marchait d’un pas rapide en direction de chez Damien : il devait passer prendre son meilleur ami pour aller en boîte et n’était pas en avance.

Il n’avait pas pu l’accompagner la veille, occupé par la révision de ses exams, et le regrettait un peu. Il aurait largement préféré passer du temps avec son pote et pratiquer ce sport dans lequel ils excellaient tous les deux : la drague.

C’était toujours plus simple de séduire à deux, surtout que les filles ne venaient jamais seules en boîte : et draguer des copines, c’était un jeu d’enfant. Aucune ne se sentait délaissée.

Il regrettait juste parfois le manque de délicatesse de son meilleur ami : il ne faisait aucune distinction entre une fille qui avait l’air de sincèrement s’intéresser à lui ou une qui cherchait juste une aventure.

Ça créait parfois de vrais problèmes.

De son côté, il mettait un point d’honneur à ne cibler que des filles faciles, qui savaient parfaitement ce qu’elles voulaient.

Son portable se mit à sonner dans la rue, et il récupéra le Nokia dans sa poche : Nicolas.

Tout en marchant, il décrocha :

- Salut, grand frère.

- Salut, Chris. Tu fais quoi ?

- Je vais rejoindre Damien pour aller en boîte. J’ai déjà une demi-heure de retard.

- Il est à peine minuit, vous avez tout le temps.

- Tu veux venir avec nous ?

- Non merci, c’est gentil. Je t’appelais pour les parents.

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- C’est leur anniv de mariage la semaine pro, frangin. Tu veux qu’on leur achète un truc ensemble ?

Chris retint une grimace : il n’avait jamais compris cette volonté de sa mère de fêter ce genre de trucs avec eux. Il ne se sentait pas concerné.

- ' Suis obligé de venir ?

- Chris…

- Mais sérieux, qu’est-ce que j’en ai à faire de leur anniv de mariage ?

- C’est important. Elle invite aussi Damien d’ailleurs, tu lui diras. Pour une curieuse raison, Maman l’a toujours beaucoup aimé, malgré son côté sauvage et imprévisible. Ils fêtent leurs trente ans de mariage, tu imagines ?

- Non, je n’imagine pas ! L’horreur : trente ans coincé avec la même femme !

Le ton de Nicolas se durcit :

- C’est de Maman que tu parles. Fais gaffe.

- Ça ne change pas la réalité. Ils se sont mariés à vingt ans ! Tu imagines l’angoisse ? Moi je trouve ça flippant.

- C’était une autre époque.

- Sans doute. Mais ça ne fait pas envie. Perso, je ne sais même pas si je me marierais un jour ! Pourquoi s’arrêter à un gâteau quand tu peux avoir toute la pâtisserie ?

Nicolas soupira :

- Il ne faut pas chercher pourquoi tu t’entends avec Damien. Allez. Je me charge du cadeau, mais tu m’accompagnes voir Papa et Maman, et tu dis à Damien qu’il est le bienvenu. On est OK ?

- Ouais.

Chris raccrocha, regrettant une seconde son manque de gentillesse : ce n’était pas dans son style. Il faudrait qu’il se rattrape. C’était juste que l’idée du mariage… Ça lui donnait des sueurs froides. Parents ou pas.

Par contre celle de sortir avec Damien…

Son sourire revint.

Leur duo fonctionnait tellement bien. De son côté grand, brun avec une monture de lunettes discrète, il savait que son air rêveur les faisait toutes fondre, tout comme la subtile chaleur de ses traits, éclairés par ce grand sourire dont il ne se départissait que très rarement. Il faisait aussi pas mal de sport, conscient de devoir garder un corps sain, et c’était un atout.

De son côté, Damien avait un autre style : des cheveux châtains coupés avec précision, de grands yeux bruns, et un visage carré. Si Chris s’entretenait, ce n’était rien à côté de cet accro au sport qui passait son temps à courir, à la piscine ou sur un court de tennis. Son corps s’en ressentait et les faisait toutes craquer.

C’était si facile pour eux. Presque trop.

Ils étaient charmants, séduisants et le savaient.

Vingt-deux ans et l’envie de ne jamais cesser de faire la fête…



- Bienvenue, vieux !

Damien ouvrit les bras en grand, signifiant à Christophe qu’il pouvait entrer. Son meilleur ami sourit et, tout en s’avançant dans le salon, souleva la bouteille de champagne qu’il portait :

- Je ne suis pas venu seul !

Damien saisit la bouteille, et apprécia son millésime :

- Tu ne te moques pas.

Christophe haussa les épaules :

- Je suis à la bourre, et l’alcool coûte tellement cher en boîte ! J’avais envie de trinquer avec autre chose que du whisky. La bouteille était à mes parents.

Damien emporta la bouteille dans la cuisine pour l’ouvrir :

- On va trinquer à leur santé alors !

- Si tu veux. Au fait, je suis chargé de t’inviter à leur anniv de mariage, vendredi prochain.

- Ah oui ?

- Ouais. Ils t’aiment bien, va savoir pourquoi !

- Je me pose la même question.

Christophe s’accouda à l’évier, tandis que son ami débouchait la bouteille. Il jeta un regard dubitatif à la pièce impeccablement rangée :

- Tu es vraiment un maniaque. Ce n’est pas une cuisine de mec, ça.

Damien haussa les épaules :

- J’aime l’ordre, c’est tout.

Christophe reprit :

- On sort ce soir ? Ou tu es trop crevé de ta soirée d’hier ?

Tout en tendant une coupe à mon ami, le jeune homme s’insurgea :

- Crevé, moi ? Sûrement pas. En plus je ne suis pas sorti longtemps, j’ai vite trouvé mon bonheur.

Chris désigna d’un geste la légère marque sur la joue de son ami :

- Et ça c’est quoi ? Ton « bonheur » t’a cogné ?

Damien ricana :

- Tu ne crois pas si bien dire !

Il lui narra l’histoire et remarqua l’expression dubitative de Chris. Il fronça les sourcils :

- Quoi ?

- Fais gaffe, Damien. La subtilité, ça existe. Un jour tu auras des ennuis si tu continues de traiter les femmes aussi mal.

Il eut un geste impatient de la main :

- Je n’ai rien promis. À partir du moment où elles se font lever en boîte, elles savent à quoi s’attendre.

Chris passa la main dans ses courts cheveux bruns :

- C’était juste un conseil.



La nuit se passa comme ils l’avaient prévu, et ils n’eurent aucun mal à trouver une fille à ramener chez eux.

Après un agréable moment de détente, Damien apprécia de voir sa conquête du soir se rhabiller directement pour partir de chez lui sans attendre.

En voilà une qui n’allait pas lui prendre la tête.

Satisfait, il se sentit d’humeur « galante », et alla jusqu’à la raccompagner à sa porte. Elle l’embrassa sur la joue avec légèreté :

- C’était sympa !

- Dors bien…

Et merde ! Il avait encore oublié son prénom. il se grattait la tête, tandis que la fille éclatait de rire :

- Déborah. Mais ce n’est pas grave.

Sur ces mots, elle s’éloigna dans le couloir, et il referma la porte derrière la jeune femme.

Soudain épuisé, il retourna directement dans son lit.

Cette nuit, il était sûr que les cauchemars l’oublieraient…


« Il faisait noir. Partout. Son petit cœur d’enfant battait fort dans sa poitrine.

Affolé, il retenait à peine les larmes qui lui montaient aux yeux.

L’obscurité l’engloutissait, le terrifiait. Pourtant, il préférait mille fois cette sordide cachette à l’idée de sortir affronter son père.

À travers la mince cloison, il l’entendit hurler, et trembla convulsivement.

Pourvu qu’il ne le trouve pas, pourvu qu’il ne le trouve pas…

Il se roula en boule, certain de pouvoir disparaître, certain de devenir invisible.

Jusqu’à ce que la porte du placard s’ouvre brusquement et qu’une poigne puissante le tire en dehors du cocon protecteur d’une simple peur devenue à nouveau pure terreur ».


- Non !

En nage, Damien se dressa droit dans son lit. Il alluma la lampe de chevet, pressé de retrouver sa réalité. Hagard, il jeta un coup d’œil sur sa chambre : paisible, impeccable et spacieuse.

Il était seul.

Cette constatation lui permettant d’oublier toute retenue, il serra les mâchoires, et se retourna brusquement, jetant son poing contre le mur, certain que la douleur apaiserait au moins une seconde la morsure de ses morceaux de passé qu’il cherchait désespérément à fuir.

Saloperie de passé.

Il l’écraserait un jour, tout comme ses cauchemars qui ne l’avaient jamais laissé en paix.



Chris apprécia une très belle nuit et prépara avec naturel le petit déjeuner pour lui et Aurore, son aventure d’une nuit.

Lorsque la jeune femme apparut dans la cuisine, déjà habillée, il eut du mal à se retenir de rire : elle était très jolie, mais toute petite ! Un petit mètre cinquante. Elle ressemblait à une jolie poupée blonde.

Il désigna d’un geste la cafetière :

- Petit déj ?

Elle refusa d’un signe de tête :

- Non. C’est sympa. Je vais y aller.

Il s’approcha, et posa le bras sur sa taille pour la raccompagner :

- Rentre bien, Aurore.

- Merci, Chris.

Elle hésita :

- Tu veux mon numéro ?

- Sincèrement ? C’était super cette nuit, et tu es une fille géniale, mais je ne cherche rien de stable.

Elle baissa les yeux :

- Je m’en doutais. Mais qui ne tente rien n’a rien, non ?

Il lui releva le menton d’un doigt et se pencha pour poser un bref baiser sur ses lèvres :

- Merci pour ta compréhension. Passe une belle journée.

Elle sourit, et sortit du studio.

Il resta une seconde songeur après son départ… la subtilité : c’était une clef qui permettait une réelle forme de paix.


...



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